BPA, c’est quoi ?

Quelles alternatives au BPA dans les contenants alimentaires?

Dans tout processus d’interdiction d’une substance vient la difficile étape de sa substitution. Dans cette optique, le RES a réalisé un panorama des alternatives disponibles au Bisphénol A dans les matériaux de contact alimentaire.

Le RES ne prétend ni indiquer aux industriels ou aux autorités quelles alternatives choisir, ni cautionner l’ensemble des matériaux présentés dans cette note. Ce panorama non exhaustif n’a d’autre vocation que la démonstration que l’immobilisme n’est pas de mise ; à chacun ensuite de jouer son rôle pour évaluer, développer, valider ou simplement adopter – lorsqu’à l’instar du verre il s’agit de matériaux bien connus – ces solutions de remplacement.

 

Toutes les infos sur le BPA

Qu’est ce que le Bisphénol A ou BPA ?

Le Bisphénol A (BPA) est un composé chimique issu de la réaction entre deux équivalents de phénol et un équivalent d’acétone.
Le Bisphénol A est utilisé à l’heure actuelle comme monomère pour la fabrication industrielle par polymérisation de plastiques de type polycarbonate et de résines époxy. Il est également utilisé comme antioxydant dans les plastifiants et le PVC, et comme inhibiteur de polymérisation dans le PVC.
Il sert notamment à durcir les plastiques et à les rendre transparents.

Où le trouve-t-on ?

Les usages du BPA sont notamment :
1. alimentaires : biberons, petit électroménager de cuisine, récipients plastiques pour micro-onde, bouteilles d’eau réutilisables, revêtement intérieur des boîtes de conserve et des cannettes. On le trouve dans les plastiques identifiés par le code de recyclage n°7 (PC) et, dans une moindre mesure n° 3 et 6.
2. non alimentaires : pare-choc, lunettes, CD, papier thermique, ciments dentaires, jouets…
Or des traces de Bisphenol A (BPA) ont été retrouvées dans les aliments en contact avec ces emballages plastiques.

Quels risques pour la santé et l’environnement ?

Le Bisphénol A (BPA) agit comme un perturbateur endocrinien et est impliqué dans des affections aussi variées que les problèmes de reproduction, l’obésité, les cancers du sein et de la prostate, le diabète, les dysfonctionnements thyroïdiens, les problèmes d’attention chez les enfants et les troubles du développement neurologique. L’exposition en bas âge peut augmenter une prédisposition aux cancers en affectant la programmation génétique du développement des individus.
Source : Reproductive Toxicology 24 (2007) 131–138

Que faire pour éviter l’exposition au BPA ?

Suggestions pour l’alimentation des futures mamans, des bébés et des enfants en bas âge :
Utiliser du lait de substitution en poudre de préférence vendu dans des emballages en carton, biberon en verre ou en plastique sans Bisphenol A (BPA).
L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommanderait l’allaitement exclusivement les 6 premiers mois, à poursuivre jusqu’à 2 ans. Cet avis est à moduler, les données les plus récentes montrent que le lait maternel serait aussi contaminé. D’où la nécessité d’interdire le BPA pour tous les usages alimentaires !
Les mamans qui allaitent devraient donc limiter au maximum leur exposition au Bisphénol A… Encore faudrait-il que les sources d’exposition soient correctement évaluées et bien identifiées par les mamans. Cette démarche d’évaluation est fortement soutenue par le RES et ses partenaires auprès de l’AFSSA, qui a évolué vers une préconisation d’étiquetage des produits contenant du BPA (avis du 27 avril 2010)…
Il faut aussi faire les choix les plus sûrs en matière d’emballage et de stockage des aliments :

Préférez autant que possible pour les contenants ou le stockage de la nourriture les matériaux tels que : gré, verre, inox ou acier inoxydable, terre cuite ou céramique considérés comme les plus sûrs actuellement.

Evitez de chauffer de la nourriture ou des liquides dans des contenants en plastique.

Guide rapide des codes de recyclage des plastiques si vous ne trouvez pas d’alternative au plastique :
Eviter :
N° 3 – PVC (Chlorure de Polyvinyle)
N° 6 – PS (Polystyrène)
N° 7 – PC (Polycarbonate et autres plastiques)

Privilégier :
N° 1 – PET (Polyéthylène téréphtalate)
N° 2 – HDPE (Polyéthylène de haute densité)
N° 4 – LDPE (Polyéthylène de basse densité)
N° 5 – PP (Polypropylène)

Source
Réseau Environnement Santé
: Page consacrée au BPA
Projet Nesting de WECF
>>> En savoir plus: lire le guide du consommateur

>>> Découvrez aussi les études d’imprégnation: effets du BPA, alternatives…
en France : l’étude de Que Choisir sur le bisphénol A (BPA)
et surtout Outre-Atantique : le rapport No Silver Lining (extraits traduits en français)

Un peu d’histoire

En 2007, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) notait en conclusion de son rapport sur le Bisphénol A, sa présence dans les canalisations de transport d’eau potable et les conteneurs. Elle préconisait que des études soient menées sur la possible propagation de cette substance dans l’eau. L’EFSA fixa alors la dose journalière admissible (DJA) à 0,05 milligramme/kg de poids corporel pour cette substance.

La législation du BPA à travers le Monde :

Au Japon, l’utilisation du BPA a été considérablement revue à la baisse de 1998 à 2003 dans l’ensemble des contenants alimentaires. Les scientifiques, le gouvernement et l’industrie au Japon ont les premiers adopté une série de mesures volontaires pour diminuer l’exposition du BPA de l’ensemble des consommateurs. En 2005, un rapport (RCCRM) indiquait qu’il n’y avait presque plus de traces de BPA dans la majorité des contenants alimentaires.

L’Australie n’a pas interdit le BPA mais a obtenu des principaux distributeurs (Woolworths, Big W, Aldi and Westfarmes Group) qu’ils retirent volontairement du marché les biberons depuis mi-2010.

En Allemagne, l’agence fédérale de l’environnement (UBA) recommande aux fabricants, importateurs et utilisateurs de BPA de chercher à utiliser des substances alternatives qui posent moins de risque pour la santé humaine et l’environnement.

L’Autriche est en train de planifier une interdiction du BPA dans le matériel de puériculture (pour les enfants de moins de 3 ans). La Suède suit la meme voie.

En 2010, le Danemark a décidé d’interdire le BPA des biberons et du matériel de puériculture (pour les enfants de moins de 3 ans), le Costa Rica également a pris une décision similaire concernant le materiel à destination des enfants en bas âge. Le Canada a confirmé sa décision prise 2 ans plus tôt d’interdire le BPA dans ce type de matériaux également.

Si au niveau fédéral, les Etats-Unis n’ont pas encore pris de décision d’interdiction, des états comme le Vermont, Massachusetts, Minnesota, Connecticut, Wisconsin, Washington, Maryland, New York ont d’ores et déjà acté l’interdiction du BPA dans différents plastiques alimentaires pour les moins de 3 ans. A noter, le Connecticut va le plus loin puisqu’il interdit le BPA dans les plastiques alimentaires également à destination des adultes.

Le 15 août 2008, un rapport de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis concluait qu’aux niveaux trouvés dans les produits sur le marché américain, le BPA apparaissait comme sûr pour les hommes. Constat loin d’être partagé par de nombreux scientifiques, dont un panel scientifique de conseillers de la FDA qui, dès octobre 2008, accusait l’agence de ne retenir que les données avancées dans les études financées par l’industrie du plastique et d’ignorer une centaine d’études qui alertent sur les risques liés à ce produit, créant ainsi « un faux sentiment de sécurité » quand 93% de la population américaine présente des traces de bisphénol dans son urine.

L’agence s’est engagée à continuer d’examiner la recherche scientifique sur la substance, ce qui l’a amené à renverser partiellement sa position par la suite. En 2010, la FDA a reconnu qu’il y a une préoccupation (« some concern ») sur les effets sanitaires de l’exposition des fœtus et des nouveaux nés. Jusqu’alors classé comme un simple additif alimentaire, il n’a pas fait l’objet de contrôle. Par conséquent, pour financer de nouvelles études sur les effets du Bisphénol A capables de produire des données, la FDA a débloqué un budget de 30 millions de dollars sur deux ans. Pour autant, la FDA de par ses compétences actuelles, n’est pas en mesure de réguler la présence de BPA, ni d’exiger des fabricants de signaler la présence de BPA dans leurs produits. Elle s’est contenté au début de l’année 2010 de recommander aux Américains de prendre « des mesures raisonnables » en vue de minimiser leur exposition à la substance. La révision des prérogatives données à la FDA est abordée dans le Food Safety Modernization Act.

Quid de la France ?

En France, dans un communiqué du 13 novembre 2008, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) s’est alignée sur les conclusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) selon lesquelles l’exposition des nourrissons au Bisphénol A est largement inférieure à la dose journalière tolérable (DJT) et ce, même en cas de chauffage au micro-ondes. Quelques jours plus tard, le Canard enchaîné dénonçait un conflit d’intérêt en faisant remarquer que de nombreux membres du comité d’experts de l’Afssa étaient également employés par l’industrie du plastique.

Mars 2009, la polémique enfle. En France, le Réseau environnement santé (RES), qui regroupe associations, ONG et scientifiques, demande aussi « l’interdiction du BPA dans les plastiques alimentaires » et envoie un bulletin de veille scientifique tous les 3 mois aux autorités politiques et sanitaires.

En Avril 2009, WECF aux côtés de HEAL et du Bureau Européen de l’Environnement adresse une lettre ouverte à la Ministre de la Santé demandant l’application du principe de précaution au Bisphénol A.

Lors de son colloque annuel (10 juin 2009), la Société internationale d’endocrinologie a de nouveau alerté sur cette question (effet perturbateur endocrinien sur la reproduction, implications dans les cancers du sein et de la prostate, dans certaines pathologies cardiovasculaires, de la thyroïde et l’obésité). Elle a appelé à réduire l’exposition de la population à ces molécules, au nom du principe de précaution et a publié une « déclaration scientifique » [48],[49] dans la revue Endocrine Reviews. La déclaration juge le problème préoccupant, et appelle à renforcer la recherche. Le 5 février 2010, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa) a rendu son avis sur le bisphénol A. L’Afssa dit « constater des « effets subtils » sur de jeunes rats, ce qui l’incite à poursuivre son travail d’expertise pour comprendre ces signaux d’alertes ». Elle conseille donc de ne pas « chauffer trop fort » les aliments ou biberons aux micro-ondes. Une recommandation qui ne satisfait pas du tout les médecins de l’Association Santé Environnement France disent ne pas savoir ce que « chauffer trop fort veut dire »… Dans le doute, les médecins de l’association appellent à prendre quelques précautions simples, notamment préférer l’utilisation de biberons en verre incassable ou en plastique sans BPA.

Le 30 juin 2010 est promulguée la loi prévoyant l’interdiction du BPA dans les biberons à partir du 1e janvier 2011. C’est l’aboutissement d’une bataille politique mêlant ambition, précaution et frilosité.

La proposition de loi déposée par des sénateurs prévoyait initialement de bannir tous les plastiques qui entrent en contact avec nourriture et boissons et contiennent du BPA. Une fois ce texte révisé à la baisse en incluant seulement les biberons, il a été unanimement adopté au Sénat en mars 2010. En juin 2010, le texte était examiné à l’Assemblée Nationale, aucun député n’a voté contre, mais un amendement similaire à la proposition initiale comprenant une interdiction de tous les plastiques alimentaires au 1e janvier 2012 a été rejeté. Le RES juge cette position partielle et illogique, mettant à l’écart les bébés nourris au lait maternel qui peuvent, eux, être exposés au BPA par la mère qui allaite.

Le gouvernement a déclaré qu’il se pencherait sur l’opportunité d’étendre la mesure à tous les plastiques alimentaires à travers un rapport considérant les résultats de nouvelles études et la publication d’avis d’experts (notamment l’ESA, l’INSERM, l’OMS, et la nouvelle agence sanitaire française ANSES). Le rapport sera présenté au Parlement au premier trimestre 2011.

L'ACTUALITÉ