Du coté des médias
Les effets du bisphénol A sont transgénérationnels
LE MONDE | 21.06.2012 à 15h17
Par Stéphane Foucart
Il ne suffira pas d’interdire le bisphénol A (BPA) pour que ses effets sur les populations disparaissent. Il faudra aussi attendre. Et attendre suffisamment pour que passent plusieurs générations.
C’est ce que suggère une étude à paraître dans la prochaine édition de la revue Endocrinology, la première à mettre en évidence le caractère transgénérationnel des troubles du comportement que cette molécule induit chez les souris qui y sont exposées. Et ce, même à des niveaux d’exposition très faibles, comparables aux concentrations de BPA retrouvées dans la plus grande part de la population humaine occidentale.
Le bisphénol A est un contaminant présent principalement dans les contenants en plastique rigide, comme les biberons et dans les vernis intérieurs des boîtes de conserve et des cannettes.
En clair, non seulement les rongeurs exposés in utero au BPA présentent plus tard dans leur vie des troubles comportementaux, mais ils les transmettent à leur descendance, quand bien même celle-ci n’a pas été exposée. Selon les conclusions de ces travaux américains, conduits par la biologiste Jennifer Wolstenholme (université de Virginie, Etats-Unis), l’altération du comportement social des rongeurs persiste jusqu’à la quatrième génération…
Pendant les dix derniers jours de leur gestation, des souris pleines ont quotidiennement ingéré environ 20 microgrammes (g) de BPA, tandis qu’un groupe de femelles-témoins, également pleines, a reçu une nourriture exempte de cette molécule, connue pour sa capacité à perturber le système hormonal de nombreux organismes.
« LES EFFETS COMPORTEMENTAUX SEMBLENT ASSEZ NETS »
Quelques jours après leur naissance, les comportements des juvéniles des deux groupes ont été comparés, grâce une analyse quantitative de certaines activités (fréquence des déplacements, exploration de l’environnement, etc.) ou de certaines postures sociales (temps passé seul ou en compagnie de ses congénères, recherche de relations, etc.).
Par rapport au groupe-témoin, les jeunes exposés in utero au BPA montrent « des interactions sociales réduites chez les souris des deux sexes » ainsi qu’ »une préférence réduite pour la compagnie des mâles adultes ». Au sein de chacun des deux groupes, trois générations ultérieures ont ensuite été étudiées. Ceux dont les aïeuls ont été exposés in utero au BPA ont été comparés à ceux dont la lignée est exempte de tout contact avec le perturbateur endocrinien.
Surprise : chez ces animaux, l’effet est inversé. « De manière générale, l’exposition (de la génération antérieure) au BPA accroît les comportements sociaux et réduit les comportements asociaux chez les souris de la deuxième génération, et cet effet persiste jusqu’à la quatrième », écrivent les auteurs.
« Ces études transgénérationnelles sont très difficiles à mener », commente le pharmaco-toxicologue Robert Barouki, professeur à l’université Paris-Descartes et directeur de l’unité 747 de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui n’a pas participé à ces travaux. « Mais les auteurs ont ici mené leurs expériences sur un nombre suffisant d’animaux, plus d’une dizaine, et les effets comportementaux semblent assez nets. »
CANCERS ET BAISSE DE FERTILITÉ
Les chercheurs ne se sont pas limités à une analyse comportementale des animaux. Ils en ont également sacrifié plusieurs, afin de mesurer, dans leur cerveau, l’expression des gènes codants pour la vasopressine et l’ocytocine.
Les chercheurs notent que les concentrations de ces deux hormones – connues pour jouer un rôle sur le comportement social – sont altérées sur quatre générations, par une exposition au BPA de la première… « Je suis plus réservé sur le mécanisme mis en avant pour expliquer les effets observés », estime cependant M. Barouki, qui ajoute que « des travaux ultérieurs devront creuser cette question ».
Pour autant, le principal résultat de ces travaux n’est pas surprenant. Des effets transgénérationnels de perturbateurs endocriniens sont bien connus depuis la fin des années 1990, mais concernent surtout l’augmentation des risques de cancer et la baisse de la fertilité. C’est la première fois que des altérations comportementales sont documentées sur plusieurs générations.
Les agences européenne (EFSA) et américaine (FDA) ne considèrent toujours pas le BPA comme dangereux aux niveaux courants d’exposition dans la population. Cette substance est cependant au centre d’un projet de loi, déposé en 2011 par le député (PS) Gérard Bapt, qui vise à la proscrire des contenants alimentaires d’ici à 2014.
Stéphane Foucart
Diabète : Le Bisphénol A dans la ligne de mire
Le changement d’alimentation peut réduire le taux d’imprégnation du corps humain au BPA
Une étude américaine publiée le 30 mars 2011 dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives montre que l’arrêt de la consommation d’aliments en conserve ou emballés dans des plastiques alimentaires à base de polycarbonate (PC) permet de réduire le taux d’imprégnation du corps humain au BPA.
Pendant 3 jours, 5 familles américaines ont ainsi reçu des produits alimentaires frais et avaient pour interdiction de consommer des aliments ou boissons en conserve ou des plats préparés hors domicile. Les effets ont été significatifs. Le taux de BPA a chuté de 60% en moyenne.
Source EHP : http://ehp03.niehs.nih.gov/article/info:doi/10.1289/ehp.1003170
Bisphénol A, alertez les bébés !
Télérama publie sur son site une série d’article sur les polluants chimiques et leurs effets sur notre santé. Un article est consacré à la problématique des perturbateurs endocriniens et plus particulièrement le bisphénol A.
Les effets du BPA plus importants que prévu
Des chercheurs de l’Institut de génomique fonctionnelle de l’université de Lyon ont publié le 26 janvier dernier dans la revue BMC Development Biology les résultats de nouvelles recherches sur le Bisphénol A. Passée inaperçue jusqu’au 9 mars, date à laquelle le CNRS a fait une communication (http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2128.htm), l’étude illustre pour la première fois la sensibilité au BPA de l’oreille interne de certains vertébrés, comme le poisson zèbre et le xénope. Une recherche qui prouve que les effets du BPA sont beaucoup plus importants que prévus.
Des poisons dans notre assiette
[...] L’aveuglement sur le bisphénol A
« Comment expliquez-vous que l’Afssa (3), l’agence française, ou l’Efsa, l’Autorité européenne, ou encore la FDA, s’accrochent à la DJA [dose journalière acceptable] de 0,05 mg/kg, alors que des centaines d’études sur le bisphénol A montrent des effets à des doses bien inférieures ? » La question a fait sourire Linda Birnbaum, la directrice du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) qui m’a reçue, le 26 octobre 2009, dans son bureau, orné du drapeau étoilé, du Research Triangle Park (Caroline du Nord) [...]. « Pourquoi ? a-t-elle répété, en cherchant visiblement ses mots. Parce que ces agences n’ont pas examiné les nouvelles données, c’est le problème [...] Au cours des dernières années, une quantité énorme de données a été publiée dans la littérature scientifique qui montre que le bisphénol A produit des effets sur les organismes en développement à des niveaux d’exposition extrêmement bas. Je pense que le fait d’ignorer ces nouvelles données ne relève pas d’une attitude scientifique… »
La franchise de Linda Birnbaum m’a carrément sidérée, car je ne m’attendais pas à ce que la directrice du plus grand organisme de recherche publique des Etats-Unis lance un tel pavé dans la mare des agences réglementaires, même si elle a une réputation de scientifique rigoureuse et intransigeante sur l’éthique professionnelle [...]. En 2007, cette toxicologue renommée a signé avec trente-sept autres scientifiques une « déclaration de consensus » sur le bisphénol A, qui fut soutenue par le NIEHS. « L’étendue des effets nocifs observés sur des animaux de laboratoire exposés à de faibles doses de bisphénol A pendant la vie foetale et adulte constitue une cause d’inquiétude, en raison des effets similaires potentiels qui pourraient affecter les humains », écrivent-ils dans leur conclusion. [...]
Un an plus tard, Linda Birnbaum était associée à la rédaction d’un volumineux rapport sur le bisphénol A publié par le très officiel National Toxicology Program [NTP]. Dans ses conclusions, le NTP admettait, avec la prudence de rigueur, une « certaine préoccupation pour les effets neurologiques et comportementaux sur les foetus, nourrissons et enfants aux niveaux d’exposition courants, ainsi que pour les effets sur la prostate, la glande mammaire et l’âge de la puberté chez les sujets féminins ».
Le ton était certes très mesuré, mais le gouvernement canadien ne s’y est pas trompé : peu de temps après la publication du rapport préliminaire du NTP, il annonçait la suspension immédiate de la vente de biberons contenant du bisphénol A [...].
« Quel est l’enjeu du bisphénol A ? ai-je finalement demandé à André Cicolella [toxicologue, porte-parole de l'association Réseau environnement santé].
- Si le bisphénol A est devenu une substance emblématique, c’est parce qu’il incarne la nécessité d’un changement de paradigme pour l’évaluation des produits chimiques, m’a-t-il expliqué. La réglementation actuelle repose sur des concepts des années 1970, complètement inopérants pour des substances comme les perturbateurs endocriniens [...]. On a formé des générations de toxicologues avec l’idée que « c’est la dose qui fait le poison » ; or on s’aperçoit aujourd’hui que, pour de nombreuses substances, c’est la période – et, parfois même, la journée – qui fait le poison. La formation des testicules se fait par exemple le quarante-troisième jour de la grossesse : ce jour-là, il vaut mieux que la femme enceinte évite d’avoir une exposition à des molécules qui ont un impact testiculaire… »
[...]
Source : L’Express
Après Système U, Carrefour supprime ses tickets de caisse à base de BPA
Le Réseau Environnement Santé (RES) vient de saluer la décision de Carrefour de supprimer le bisphénol A de ses tickets et co
upons de caisse à partir du mois de février.
Application du principe de précaution
Annoncée sur le site lsa-conso la décision de Carrefour concerne 1 600 magasins, supermarchés, hypermarchés et magasins de proximité du groupe.
Carrefour rejoint ainsi Système U qui avait déjà annoncé une décision du même ordre en décembre dernier.
Ces décisions relèvent du principe de précaution à l’égard des salariés de la distribution et des clients



