Bisphénol A ou BPA, un perturbateur endocrinien

Qu’est-ce que le BPA ?

Le BPA est une molécule constituante :

du plastique polycarbonate (PC) et de plusieurs alliages et copolymères, ex : polysulfones (PSU)

de nombreuses résines époxy

Les premiers sont des plastiques synthétisés par la pétrochimie et ensuite moulés par chauffage par les transformateurs.

Les seconds matériaux sont également préparés par la pétrochimie mais sont ensuite achevés par une réaction avec des durcisseurs soit en usine chez des transformateurs, soit sur chantier par des applicateurs.

Ces 2 grandes familles de matériaux ont de multiples applications : automobile, industrie, bâtiment, loisirs et également dans le secteur alimentaire.

Le BPA peut être employé aussi de manière plus marginale comme additif technique et antioxydant dans les polymères et certains plastifiants.

Où rencontre-t-on le BPA ?

Le PC a de nombreuses applications où ses qualités de transparence et résistance aux chocs sont exploitées : phare d’automobile, lunetterie, visière de casque de pompier, disques audio et vidéo (CD), bâtiment (vérandas, garde-corps) etc.

Dans les applications alimentaires et médicales on le rencontre dans :

biberons (utilisation interdite depuis 2010)

bonbonnes de fontaines à eau

vaisselle (assiettes, verres, boîtes alimentaires)

accessoires d’appareils électroménagers (cuisson vapeur, bouilloires etc.)

accessoires médicaux stérilisables etc.

Les matériaux époxy sont eux constitués d’une résine, contenant dans la plupart des cas du BPA, à laquelle on ajoute un durcisseur pour réticuler le tout et obtenir ainsi un matériau dur et relativement inerte.

Dans le domaine alimentaire, ces revêtements destinés à améliorer l’inertie du récipient par rapport au contenu se retrouvent dans :

les parois de châteaux d’eau

certaines canalisations d’eau potable de réseaux publics

les réservoirs, cuves à vin et autres liquides alimentaires

les bidons en aluminium des randonneurs et sportifs

les canettes en alu des boissons : bières, eaux gazeuses, sodas etc.

les boîtes de conserves (plats cuisinés, légumes, sauces tomates etc.)

les couvercles de flacons verre et bocaux (pots pour bébés, confitures, jus de fruits, conserves diverses etc.)

certains amalgames dentaires

Malgré le soin apporté à la fabrication de ces revêtements, il existe des cas où en raison des imperfections de production, des conditions de stockage ou d’utilisation finale, des traces de BPA s’échappent vers le contenu.

Enfin le BPA peut aussi être incorporé de façon non lié au polymère à des taux faibles, de l’ordre de quelques %, comme additif technique et antioxydant dans certains plastiques, caoutchoucs et plastifiants. Plusieurs fabricants européens de PVC, par exemple, ont décidé d’arrêter volontairement l’emploi de cette molécule pour ce type d’application dès le tout début des années 2000. Le rapport officiel CE sur le BPA (1) confirme: « production of PVC resin using BPA was voluntary phased out in Europ by the end of 2001 by the major users ». Toutefois, il ne serait pas impossible de retrouver du BPA dans certains films étirables alimentaires de fabrications non européennes moins soucieuses de santé publique.

Comment le BPA se retrouve-t-il dans les aliments ?

Malgré les précautions apportées à la fabrication des plastiques destinés au contact alimentaire, tous les matériaux organiques peuvent interagir, et vieillir aussi plus ou moins, avec les produits alimentaires avec lesquels ils sont en contact.

Malgré de nombreuses qualités évoquées plus haut, le PC n’est pas un plastique très performant sur le plan de la résistance chimique. A température modérée (> 60°C) et simplement en présence d’eau, il a tendance à se dégrader et à libérer le BPA dont il est issu. Cette caractéristique est connue depuis longtemps et est déjà rapportée dans une synthèse bibliographique du CSTB en 1985 (2) :  » il se forme surtout dans les produits de décomposition des oligomères et du BPA » et un plus loin on lit : »de ces données bibliographiques il apparaît donc que les facteurs de dégradation les plus actifs sont les radiations lumineuses et l’humidité « .

La sensibilité du PC à la réaction d’hydrolyse < 100°C a fait l’objet de nombreuses publications. On rapportera encore des travaux réalisés plus récemment par l’ENSAM de Paris en 1995 (3) :  » Cette perte de masse est essentiellement due à la formation de bisphénol-A (qui cristallise) et d’oligomères. « 

Pour les (bons) ingénieurs plasturgistes le PC est donc un plastique inadapté pour être au contact de l’eau et a fortiori chaude ou sous forme vapeur. Ce plastique n’aurait donc pas dû se retrouver dans des articles destinés au contact alimentaire.

Les revêtements époxy n’échappent pas non plus à l’action de l’eau et des travaux anciens révèlent des publications (4) pour améliorer la résistance à l’eau qui diffuse au sein du matériau et en modifie les caractéristiques.

Bien que la molécule de BPA soit comme un maillon appartenant intimement à la chaîne moléculaire du PC et des systèmes époxy, certaines conditions de températures associées à des liquides alimentaires aux effets chimiques divers peuvent donc fragmenter les chaînes moléculaires et ainsi extraire des traces de BPA vers l’aliment.

Concernant les films étirables, même si les risques sont a priori réduits aujourd’hui dans le cas de fabrications européennes, en raison de l’abandon du BPA par la profession du PVC, évoqué plus haut, les risques de transfert des plastifiants (souvent des perturbateurs endocriniens également) peuvent se faire là encore dans des conditions sous vapeur lors d’un chauffage ou lors d’un contact avec des matières grasses favorisant leur extraction. Avec des films d’origines non européennes les risques sont encore moins bien cernés à la fois pour le BPA et les plastifiants.

BPA et effet hormonal, une vieille histoire

Un représentant de l’industrie de l’emballage a déclaré sur France Inter, le 16/11/2011, que si les consommateurs n’acceptaient plus le PC en raison du BPA, la profession pourrait le remplacer par un autre plastique mais que la substitution serait probablement plus difficile pour les revêtements en époxy. En complément de ce propos il a regretté que les pouvoirs publics déclaraient la totale innocuité du BPA en 2009 et que le remplacement demandé pour 2013 et 2014, suite au dernier vote à l’Assemblée Nationale (A.N.), était un brutal revirement imposant une adaptation difficile pour les industriels.

C’est exact, suite à la question posée par un député en mars 2009 à l‘A.N. à Mme Bachelot, alors Ministre de la Santé, pour savoir si la France allait suivre l’interdiction adoptée par le Canada pour les biberons en PC. Elle avait répondu qu’elle ne confondait pas « principe de précaution avec principe d’émotion » car elle s’appuyait sur les conclusions rassurantes des experts de l’AFSSA. Pourtant, Mme Bachelot a cependant déclaré ensuite que « la France avait un système de santé comparable à celui du Canada » lors du débat comptable sur le vaccin de la grippe H1N1 avec les sénateurs.

Alors que Mme Bachelot se targue souvent d’être Docteur en Pharmacie, il est curieux de découvrir qu’elle ne connaisse pas mieux le BPA. En effet, cette molécule n’est pas nouvelle. Elle a été synthétisée au début du 20ème siècle et son pouvoir oestrogénique a même été décelé dès 1938 par Dodds et Lawson pour des besoins médicaux dans le domaine de l’assistance à la grossesse (5).

Plus près de nous, le Syndicat de la Plasturgie organisait en mars 97 un colloque sur les plastiques et environnement où un toxicologue du Groupe Solvay (5) rappelait l’historique du BPA ci-dessus et les effets de cette molécule capable de rentrer en concurrence avec les hormones naturelles. Durant la même période de nombreux articles sur le sujet ont été diffusés dans la presse technique (6). Ces informations chocs de l’époque ajoutées au changement de sexe des poissons dans les rivières dont on parlait beaucoup à l’époque dans les médias ont sans doute influencé quelques industriels au point que certains d’entre eux ont décidé, dès ce moment, d’arrêter volontairement l’emploi du BPA (voir plus haut cas du PVC).

Donc, on ne peut pas dire que les industriels de la Plasturgie et de l’Emballage n’étaient pas informés de ce risque. Quinze années se sont écoulées pendant lesquelles des solutions de substitutions auraient pu être étudiées et il est probable que certains d’entre eux s’y soient préparés mais attendent la tombée de la réglementation. Depuis plusieurs années déjà, on peut remarquer aussi quelques produits commercialisés qui revendiquent du « sans PBA ».

Comment éviter le BPA dans son quotidien ?

Quand on voit les listes des produits susceptibles de relarguer des traces de BPA on

prend conscience qu’il fait parti de notre environnement quotidien et familier et qu’il est donc très difficile d’y échapper. Comme toujours dans le domaine des risques quand on souhaite en supprimer un, il ne faut pas en introduire un autre, ou alors inférieur de préférence.

Nous tenterons cependant de donner quelques modestes conseils pour limiter l’imprégnation en espérant le plus rapidement possible une interdiction totale de cette molécule dans les applications alimentaires.

Ne pas utiliser :

de vaisselle ou matériels en plastique polycarbonate (pouvant se trouver dans les objets gravés  » 6  » ou « 7  » dans un triangle fléché) à froid et encore moins à chaud au four micro-ondes ou en cuisson vapeur. Certaines collectivités apprécieraient ce genre de vaisselle incassable pour les cantines scolaires !

d’appareils électroménagers dédiés aux bébés qui ont des cuves en PC.

Éviter dans la mesure du possible :

le contact direct de film étirable sur les aliments gras. Le film reposera à la rigueur sur les bords d’un récipient.

de réchauffer un aliment dans sa boîte de conserve.

de consommer des boissons en canettes. Préférer les bouteilles verre ou à la rigueur en plastique PET, mais il existe quelques doutes sur cette matière aussi.

de retourner les pots de confiture sur le couvercle métallique. Laisser une lame d’air comme sur les pots du commerce, pour ceux qui préparent leur confiture maison.

de trop boire aux fontaines à eau (le plus souvent les bonbonnes sont en PC)

d’employer des appareils à cuisson vapeur avec cuve en PC. Préférer les ensembles traditionnels en acier inox, acier émaillé, voire en bambou comme en Chine.

d’utiliser des gourdes et bidons au revêtement beige intérieur en époxy. Certains fabricants annoncent déjà des gourdes sans BPA (« BPA free »).

d’acheter des petits pots cuisinés pour bébé (pots en verre avec couvercle métallique revêtu en époxy)

Demander

à votre dentiste la composition des amalgames proposés et éviter ceux à base de résine époxy

à votre viticulteur si son vin est stocké en cuve à revêtement époxy et suggérez lui d’employer plutôt des cuves inox ou les bons vieux tonneaux en chêne. Au-delà du BPA ces deux derniers types de contenants permettent également d’échapper au risque de traces d’amines aromatiques cancérigènes provenant du durcisseur du revêtement époxy.

 Auteur : Bernard PETIT, Ingénieur chimiste, ancien responsable R&D matériaux d’un groupe industriel international